Trouver les noms de ses personnages, c’est trop fass ?*

Trouver les noms de ses personnages, c’est trop fass ?*

J’ai commencé à travailler sur un nouveau roman. Comme toujours, au début, il y a deux choses à trouver. Le titre de l’œuvre. Et les noms des héros.

Pour le titre, je fonctionne par nom de code, depuis quelque temps. Comme avec De Biblioteca. Je sais que ce ne sera pas le titre final, il sera déterminé à la fin de l’histoire, voire au moment de la phase éditoriale (même si c’est dur d’en changer quand on s’est habitué à l’appeler ainsi. Je pense que ça restera son petit surnom familial, juste en famille, entre vous et moi).

Pour les noms des personnages, je me suis rendu compte, après plusieurs échanges sur ma page Facebook, que cela pouvait prêter à débat… Je vais donc vous récapituler ici les discussions qui ont eu lieu, puis ma démarche… et j’élargirai ensuite à ce que VOUS, vous pouvez faire.

Trouver les noms de ses personnages, c'est trop facile ?

Vous pensez quoi de ce prénom ?

Pour certains, le nom des personnages vient avant l’écriture. Pour moi, le personnage se définit d’abord par son caractère, ses actes, puis son apparence et seulement après vient le prénom. Pour mon tout dernier roman (celui sur lequel je travaille actuellement), l’histoire s’imposait tellement à moi que j’ai donc commencé à rédiger en optant à nouveau pour la pratique des noms de code.

Sauf que, très vite, je me suis rendu compte que je bloquais. Les personnages ne parvenaient pas à s’exprimer entièrement, ils étaient comme comprimés dans un costume qui ne leur convenait pas. Ils avaient besoin que je les nomme réellement.

Et j’avoue que j’ai un peu tâtonné pour entendre leur véritable nom. J’ai même fait des sondages d’opinion sur ma page Facebook. Un prénom, en particulier, était plus souvent utilisé pour les garçons, mais c’était une fille, une de mes héroïnes, qui avait envie de le porter. Et une fois ce prénom sélectionné, impossible de lui faire entendre raison et d’en changer !

Je présente donc d’ores et déjà mes excuses aux quelques garçons qui liront un jour un roman dans lequel une fille porte le même prénom qu’eux !

Comment je choisis mes prénoms

Bon, vous aurez commencé à le comprendre, ce sont plus mes personnages qui choisissent leurs noms que moi. Tout comme parfois ils ne font pas ce que j’attends d’eux. C’est qu’ils ont leur caractère, vous savez !

Mais ces prénoms, je ne peux pas les deviner toute seule. Il faut que je les retrouve.

Par exemple, pour ce fameux nom mixte, je cherchais un prénom en rapport avec les pierres, mais qui fasse moins clinquant que Ruby ou Gemma. Dans mes recherches, le nom qui est ressorti avait un rapport avec l’ambre mais était beaucoup plus original. Sa sonorité était exactement celle que je voulais entendre. Le tour était joué. Et j’en vois déjà qui se demande « mais c’est quoi ce prénom ? ». Je vous annonce donc que je dévoilerai la liste des identités de mes nouveaux héros dans ma prochaine newsletter. C’est le moment de vous inscrire !)

Pour trouver mes prénoms, je fouille soit dans des livres de prénoms (celui utilisé lors de mes grossesses et un fascicule de prénoms celtiques ramené d’Écosse comptent parmi mes alliés les plus fidèles) ou je surfe sur internet, en allant d’un mot à l’autre.

Je vais être aussi attentive au son du prénom, qu’à son sens (un peu comme quand on cherche comment nos enfants vont s’appeler, en réalité). Il me faut aussi des noms qui s’adaptent aux circonstances : tous ne peuvent pas être courants. Ou être trop directement reliés à un autre personnage existant (« Chandler est une fille »)

Et puis, parfois, je teste un mot, et mes personnages font la grimace. Il ne correspond pas à l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. C’est une rude négociation, je peux vous le dire !

Comment vous pouvez choisir les prénoms

Soyons honnêtes : rentrer dans le cerveau d’un auteur, et savoir comment il fonctionne, c’est intéressant. Mais vous avez aussi envie de savoir comment VOUS, vous pouvez trouver les bons prénoms pour vos personnages.

Comment trouver le prénom de vos personnages ?

Suivez des règles de bons sens

Le prénom doit :

  • être cohérent avec l’époque et l’univers de votre texte : un jeune garçon du XVIIIe siècle, en France, ne pourra pas s’appeler avec un prénom américain moderne !
  • Intégrer le fait qu’il a été choisi par les parents du personnage : certes, il correspond à son caractère, mais aussi à ce que ses géniteurs ont voulu pour lui avant même sa naissance.
  • s’inscrire dans un ensemble : les noms donnés à tous les personnages de votre texte ne doivent pas trop se ressembler, sauf si c’est intentionnel (par exemple dans une société où il est interdit aux filles d’avoir un prénom qui ne se termine pas par « ie »). Pensez aussi que les lecteurs ne lisent pas toujours les mots en entier : le cerveau complète automatiquement. Et si les prénoms sont trop semblables (Laura et Lauren), la lecture en sera ralentie et moins agréable.
  • faire partie de l’intrigue : les réactions des personnes qui rencontrent le personnage pour la première fois peuvent faire avancer l’histoire, surtout si son nom est original même pour son cadre de vie.
  • Être facile à retenir comme à prononcer : xzytghfr sonne peut-être très bien pour un extra-terrestre. Ou un robot. Mais vos lecteurs auront peut-être plus envie de s’identifier à lui si vous lui trouvez rapidement un surnom !
  • Faire sens : connaître la signification d’un nom peut vous éclairer sur le personnage, ou sur les intentions de ses parents, ou sur la manière dont les autres le perçoivent… Cela a toujours un impact sur ses réactions.
  • Ne pas être trop connoté. Vous avez vu la pièce ou le film Le Prénom ? Si vous décidez d’appeler votre héros Adolf, soyez sûr de vous !

Utilisez liste et générateurs

Il y a de nombreuses listes existant sur internet : les sites parentaux sont généralement assez fournis. Vous pouvez aussi très facilement vous renseigner pour savoir quels étaient les prénoms les plus populaires en Espagne en 1920, par exemple.

Mais parfois, pour certains univers, il faut aller encore plus loin dans la quête. L’idéal, ce sont les générateurs de prénom qui vous permettent de croiser les données en indiquant vos critères (viking, masculin, composé…). La plupart sont en anglais, mais vous pourrez aisément dénicher quelques pistes sûres : Fantasy name generator, Character name generator ou Behind the name.

Inventez de nouveaux prénoms

Vous êtes auteur, vous avez le droit de tout créer ! Y compris des noms qui n’ont encore jamais existé. Il y a plusieurs techniques pour y arriver :

  • varier l’orthographe d’un nom existant : Mharq ne fait pas du tout le même effet que Marc. Et pourtant, à l’oreille, c’est le même mot.
  • Puiser dans la mythologie.
  • Faire des anagrammes : Thomas devient Shamot. Et cela fonctionne aussi avec des mots qui définissent le caractère de votre héros : Gourmande se transforme en Maude Norg. Et Tom Elvis Jedusort… je n’ai pas besoin de vous en dire plus, je pense ? (si vous bloquez, un petit générateur d’anagramme vous aidera)

Et voilà pour les noms de vos futurs héros !

*Mention spéciale à mes filles, qui m’ont soufflé le titre de cet article (et le livre dans lequel j’ai puisé leurs prénoms comme ceux de mes personnages !)

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Une femme qui a des…

Une femme qui a des…

Écrire un roman qui présente un personnage féminin fort, ce ne devrait pas être une mission si compliquée à notre époque. C’est du moins ce que je pensais il y a encore peu de temps.

En travaillant sur mes derniers projets, dont Lettres du Kansas (qui vient d’être envoyé en bêta-lecture…), je me suis pourtant interrogée sur la représentativité féminine dans la littérature. Et laissez-moi vous dire qu’il y a encore du chemin à faire !

Créer des personnages féminins

Où sont les femmes ?

Vous croyez que les filles sont bien présentes dans les livres, les films que vous regardez, lisez, ou que vous partagez avec vos enfants ? Et bien, d’un simple point de vue mathématiques, ce n’est peut-être pas si simple. Je sais, il paraît que les filles ne sont pas douées pour le calcul, ça doit être pour cette raison que l’on ne s’est pas rendue compte plus tôt des données suivantes.

disney princess pourcentage talk

Vous avez vu ces pourcentages ? Même dans les dessins animés où les personnages principaux sont des filles, ce sont encore les hommes qui tiennent le plus le crachoir ! (et après, on viendra nous dire que les femmes sont bavardes !)

Ces chiffres viennent d’une étude réalisée par deux chercheuses américaines. Elles s’y interrogent aussi sur la répartition des rôles (les hommes sont ceux qui ont le plus souvent le droit à la parole) ou sur l’importance donnée respectivement à l’apparence et aux capacités des héroïnes (heureusement, ce dernier point prend de plus en plus de place dans les dessins animés).

Mais cette étude évoque Disney et on est sur un site qui parle de littérature. Alors, qu’en est-il dans les livres ?

Cette vidéo montre comment on peut trier les livres d’une bibliothèque pour enfants… et le peu qui laissent véritablement place à des héroïnes féminines dignes de ce nom.

Une étude récente relayée par Le Guardian relève que, sur 5 000 livres étudiés, un quart d’entre eux ne présentent pas de personnages féminins et moins de 20% des femmes y exercent un métier, contre plus de 80% pour les hommes.

Et ce sont avec ces images que les enfants d’aujourd’hui grandissent…

Inquiétant, non ?

La place des filles dans les livres : une différence entre avant et maintenant ?

Les choses évoluent. J’ai envie de le croire. Dans les ouvrages actuels, ceux destinés à la jeunesse essentiellement, j’ai l’impression que l’on voit de plus en plus apparaître des personnages féminins qui ont un véritable rôle à jouer. Je pense à Divergente, Hunger Games, Oksa Pollock… Maintenant, c’est peut-être juste parce que, en tant que fille, je suis spontanément plus attirée par ces ouvrages.

Je me suis donc demandée si la situation avait vraiment connu une avancée entre les livres que je lisais enfant, dans les années 80, et ceux qui paraissent maintenant.

À l’époque, côté représentations féminines, nous avions :

  • Claude et Annie, du Club des 5. Soit un garçon manqué absolu et une pleurnicheuse. Un peu cliché, non ?
  • Fifi Brindacier. Rebelle, sauvage, un peu folle… Absolument irréaliste mais dont les aventures étaient fascinantes.
  • Alice, Fantômette… Des héroïnes qui résolvent des enquêtes et qui font mieux que les adultes ou les garçons autour d’elles. Ah, ça fait du bien.
  • Dorothy, du Magicien d’Oz, qui est incapable de se débrouiller toute seule…

Et je crains, que, côté personnages principaux avec un minimum d’impact (et de succès, soyons francs), ce soit à peu près tout pour l’époque.

les livres pour filles ?

Donc, oui, de ce point de vue-là, il y a quand même du mieux. Du moins au niveau des romans jeunesse, parce que, du côté des albums, la représentativité des genres ne soit pas encore gagnée. Je vous invite à lire cette page et à parcourir les liens listés pour vous faire une opinion sur la question. Et si vous cherchez des ouvrages à faire lire à vos enfants, vous pourrez puiser dans la liste fournie par Mighty Girl (la liste est en anglais, mais de nombreux titres ont été traduits en français).

Je discutais par ailleurs du sujet avec d’autres personnes récemment (sur ma page Facebook) et certains déploraient que la situation ne soit pas tellement meilleure pour les romans adultes. On se retrouve trop souvent avec des variantes de Claude et Annie… Quel dommage !

Créer des personnages féminins, c’est si difficile ?

Je suis actuellement sensible à ce sujet. Mais j’avoue que ça n’a pas toujours été le cas non plus. Si j’analyse mes romans déjà publiés, je dois bien reconnaître que les filles qui y sont présentées sont souvent en retrait. Même celle de Le Secret du vent, qui a du mal à prendre son destin en mains. Je peux donc déjà dire ce que ne sera plus pareil pour la suite (le personnage central de De Biblioteca est un garçon mais les personnages secondaires féminins ne se laissent pas marcher sur les pieds. Et pour les romans suivants, je vais encore plus loin. Mais il vous faudra attendre encore plus longtemps pour les lire…)

J’ai donc été particulièrement heureuse de lire cet article qui explique, brièvement, comment construire un personnage féminin qui ne soit pas pâlot. En plus du test de Bechdel, qui y est évoqué, il est aussi possible de s’appuyer sur celui de Mako Mori. L’ouvrage doit contenir :

  • au minimum un personnage féminin
  • qui possède son propre arc narratif
  • et dont le but n’est pas d’assister un homme.

Si on en est encore à se poser ces questions, à devoir faire ces tests pour évaluer le potentiel d’une femme dans une histoire, c’est qu’il y a encore un problème sur la représentativité féminine.

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Une héroïne ne doit pas nécessairement se battre contre le monde entier pour valoir la peine que l’on s’intéresse à elle ! Ce qui fera la différence, ce sera une fille (ou une femme) qui est capable de réflexion, qui a des valeurs, mais aussi des failles et qui doit puiser dans sa force intérieure (peu importe la manière dont elle s’exprime) pour avancer au quotidien. Un personnage fort n’est pas celui qui se bat contre une armée, c’est celui qui traverse des épreuves et qui en tire des leçons.

Ah, et cela n’est pas encore évident non plus pour tout le monde mais une fille n’a pas besoin de vivre une romance pour exister ! (bon, ok, ça fait vendre, mais j’aimerais bien un peu plus de livres où l’héroïne décide de rester seule et que cela sonne comme une victoire).

Créer de véritables personnages féminins

 

Rappelez-vous : les lecteurs sont surtout des lectrices. Le nombre de femmes écrivains est exponentiel. On devrait quand même pouvoir faire mieux que de laisser le second rôle aux personnages qui nous représentent, non ?