Se préparer pour une conférence

Je donne régulièrement des conseils sur l’écriture sur cette page. Mais comme il m’est arrivé d’être sollicité pour présenter une conférence (je vous en avais déjà parlé), je me suis dit que vous seriez sans doute bien heureux de savoir comment vous préparer si vous deviez participer à ce genre d’événement. Voyons donc ce que mon expérience m’a appris.

Prendre confiance en vous

Si on vous a demandé de prendre la parole pour une conférence, c’est que certaines personnes estiment que vous êtes expert sur le sujet. Peu importe que vous n’en soyez pas persuadé vous-même. Croyez-moi : je souffre du syndrome de l’imposteur, j’ai toujours l’impression que quelqu’un va venir me pointer du doigt en me demandant pour qui j’ose me faire passer. Après avoir eu mon permis de conduire, j’ai craint pendant des années que l’on ne vienne me le retirer en me disant qu’il s’agissait d’une regrettable erreur. Vous voyez maintenant à quel point je peux douter de moi !
Peu importe pourtant la piètre opinion que vous avez de vous-même : d’autres croient en vous, et c’est le plus important.
Évidemment, il faudra mériter cette confiance. Et c’est là que nous passons à l’étape 2.

Vous préparer

Hop, le regonflage d’opinion est terminé, c’est bien. Mais qu’est-ce que vous allez bien pouvoir raconter à cette conférence ? Vous avez un sujet, donc il faut vous documenter sur celui-ci. En théorie, vous avez quand même déjà quelques notions sur lui, sinon personne n’aurait fait appel à vous. Mais il serait peut-être pertinent de repréciser ce que vous voulez réellement en dire.
Pour ma conférence, j’ai commencé par lister les différents points que je souhaitais aborder. Un petit brain storming sur le papier, pour vérifier quels éléments m’évoquaient le sujet de la conférence (elle portait sur la littérature fantastique à destination de la jeunesse, pour les petits curieux). J’avais donc une liste d’idées, il me restait à les organiser, à les articuler entre eux et à commencer à rédiger mon texte. Oui, j’ai absolument tout écrit sur le papier. Certains experts peuvent sans doute se contenter de quelques notes jetées à la volée pour parler pendant une heure en public, ce n’est pas encore tout à fait mon cas.

Vous n’êtes pas seul

Même Brel le disait : « non, Jeff, t’es pas tout seul ». Et vous ne l’êtes pas non plus pour votre conférence. Appuyez-vous sur les travaux d’autres personnes pour étayer vos propos. Attention, je ne vous dis pas de les plagier honteusement : chaque référence doit être citée et attribuée à son auteur. Mais en vous entourant, même virtuellement, de leurs réflexions, vous étayerez vos dires et votre présentation sera encore plus complète. Savoir se documenter, c’est tout un art. Mais c’est aussi un plaisir. Vous pourriez découvrir d’autres pistes, creuser des éléments qui vous intéressent. En préparant une conférence, on s’instruit soi-même.
Tweet: En préparant une conférence, on s'instruit soi-même. http://ctt.ec/xcf8_+Tweet: En préparant une conférence, on s’instruit soi-même. http://ctt.ec/xcf8_+

Sur le papier

Comme je le disais, j’ai écrit tout le texte de ma conférence. L’avantage, outre de m’assurer que mon propos était bien construit, c’est que cela me donnait aussi une limite de temps. J’ai calculé qu’une page de texte avec une police de caractère classique, police 12, correspondait à environ 3,5 minutes de parole. Je vous laisse calculer combien de pages j’ai dû écrire pour une heure de conférence…

Et dans la tête

Il va de soi que vous n’allez pas garder le nez collé à votre papier devant votre public. Surlignez ou passez en gras quelques mots plus importants, qui vous serviront de repères au moment de prendre la parole. Lisez et relisez votre texte histoire de l’avoir bien en tête le moment venu, et de vous rappeler dans quelle direction vous voulez aller. Et puis lancez-vous. Peu importe si vous ne lisez pas tout ce que vous avez écrit. Peu importe si vous oubliez quelques exemples. Ce qui importe, c’est que vous soyez là, à ce moment-là, pour partager un peu de ce que vous avez appris avec ceux qui vous écoutent. Alors, regardez-les et parlez-leur.

 

Un peu d’accessoires

Personnellement, j’aime bien m’appuyer sur une présentation à vidéo-projeter pendant que je parle. Cette pratique retient l’attention et vous permet d’appuyer sur les points les plus importants, tout en dynamisant un peu vos propos. Attention cependant à ne pas afficher des diaporamas contenant trop de textes, sinon votre public les lira au lieu de vous écouter.
Variez le ton, ménagez le suspense en créant des micro-pauses au moment de parler, posez des questions, même rhétoriques, avant de leur donner une réponse… Votre exposé en sera d’autant plus vivant.

Faites face aux imprévus

Tout peut arriver pour une conférence. Pour la mienne, une vidéo que j’avais prévue n’a jamais pu être diffusée, et on m’a demandé, juste avant que je ne passe, de raccourcir ma présentation car il y avait du retard sur le programme. J’ai présenté une conférence d’une demi-heure alors que j’avais prévu de parler une heure. C’était un peu frustrant, mais ça m’a obligé à rester concentrée et les organisateurs ont été satisfaits de mon adaptabilité. Si vous connaissez votre sujet, vous êtes capable de le résumer. Et les gens préféreront toujours une personne qui sait synthétiser à une autre qui s’étale en longueur parce qu’elle ressasse ses propos sans savoir s’arrêter de parler.
Publicités

Une histoire courte

Je vous avais parlé récemment des Drabbles, ce petit exercice d’écriture qui impose de rédiger une histoire en quelques lignes à peine. Pour y parvenir, il faut savoir être condensé, précis dans ce qu’on veut transmettre. Il faut aussi être capable de couper drastiquement dans son texte afin de n’en garder que l’essentiel.
Je sais à quel point cette particularité peut être compliquée pour les auteurs débutants. Vous avez envie d’écrire, de remplir des pages et des pages. Votre plume bave sur le papier et vous vous prenez pour des Balzac ou des Proust des temps modernes, qui ne savent plus quand il est temps de s’arrêter d’écrire.
Or, parfois, enlever des éléments superflus dans son texte permet de le rendre plus pertinent, plus recentré, et de captiver encore plus l’attention du lecteur.

 Donc, ne vous laissez pas emporter par le flot de votre écriture. Pour le premier jet, oui. Pas pour la suite. Vous entraîner à composer régulièrement des textes courts, avec des critères très stricts, comme ceux des Drabbles, vous apprendra à vous concentrer sur ce qui importe réellement dans vos textes.

Le prix pépin de l’écriture courte

Les drabbles sont des exercices très personnels, même si des concours sont régulièrement organisés entre participants de cette méthode (essentiellement dans le monde anglophone… il y a peut-être quelque chose à faire de ce côté-là ici aussi ?).
En France, encore plus court que les Drabbles, il existe le prix Pépin. Il est trop tard pour participer à celui de cette année, mais vous avez un peu de temps pour vous entraîner.
Le prix Pépin, c’est quoi ? Un texte de science-fiction (oui, avec des extraterrestres et des vaisseaux spatiaux dedans, si vous les aimez) qui doit comporter moins de 300 signes, espaces compris. Oui, oui, vous avez bien lu ! Inutile de vous dire que c’est un exercice particulièrement difficile. Je m’y suis frottée cette année, et voilà les textes que j’ai proposés :
P { margin-bottom: 0.21cm; }

Journal télé

Il ouvrit la porte. Elle donnait maintenant sur le vide. Seule sa maison reposait encore sur une surface solide, son jardin avait disparu. Il n’avait plus qu’une solution : rentrer et regarder la suite des informations. Peut-être donneraient-ils d’autres indications sur les événements.


Au restaurant

Le menu était appétissant mais il ne contenait pas assez de protéines à son goût. Tom tendit la main vers son sac et y prit le lot d’humains en sachets qu’il avait acheté un peu plus tôt. Heureusement que le restaurateur acceptait que ses clients apportent de la nourriture extérieure.
Aucun de mes textes n’a été validé, mais que cela ne vous empêche pas de vous faire une idée plus précise du processus en lisant ceux des autres participants. Surtout que vous avez jusqu’à la fin du mois de mai pour voter pour vos préférés. Vous trouverez toutes les infos sur la page Facebook du prix Pépin 2016

Maintenant, c’est à votre tour de vous entraîner. Je serais curieuse de voir ce que vous avez à proposer…

De l’usage du drabble

Je vous avais promis de vous parler du drabble il y a quelque temps déjà. Il était donc urgent de m’y mettre, car je sais que vous trépigniez d’impatience derrière vos écrans, prêts à me lancer des soucoupes entières pleines de thé refroidi pour fustiger mon retard.
Voici donc une petite technique qui peut aider à débloquer l’écriture, ou juste à s’échauffer la plume (ou le clavier, bien entendu).
Un drabble, c’est une courte fiction de seulement 100 mots. Elle doit raconter une histoire, avec un début, un milieu et une fin, en 100 mots exactement. (et c’est sans doute le moment où vous apprécierez les traitements de texte et leur comptage automatique de mots).
Cent mots, cela peut s’écrire extrêmement rapidement. L’aspect difficile, en réalité, c’est de contenir une histoire dans cet intervalle. L’exercice du drabble n’est d’ailleurs pas tout à fait identique selon la langue dans laquelle vous le pratiquez. Il paraît que c’est en cherokee qu’il est le plus facile de raconter une histoire avec peu de mots, mais je ne vous conseille pas pour autant d’apprendre immédiatement cette langue avant de vous mettre à écrire.
Les drabbles ne sont pas encore extrêmement connus dans le monde littéraire francophone, ils sont beaucoup plus développés outre-atlantique, où vous pourriez participer à des concours de drabbles, ou trouver des « prompts » (mots-clés, émotions, idées d’écriture… au choix) pour vous lancer.

L’avantage du drabble, c’est qu’il permet de se recentrer aussi sur son écriture, et de fournir un moment-clé par rapport à une émotion de vos personnages. Et aussi, je le répète, qu’il peut s’écrire très rapidement.
Juste pour le plaisir de l’écriture, voilà un petit drabble qui concerne un événement lié au personnage principal du roman que j’écris actuellement. Pour laisser le hasard en place (c’est là aussi le plaisir du drabble), j’ai pioché au hasard le mot « milk shake ». Voyons ce que cela donne.

Je savais que je perdais mon temps en m’attardant dans ce rayon. C’étaient les desserts qui me faisaient du mal. Personne dans le village n’aurait pu monopoliser les ingrédients nécessaires à leur préparation, à part le maire, peut-être. Je me demandais pourquoi ce livre n’avait pas encore été ôté de la bibliothèque. Je le craignais, alors je n’osais pas poser de questions sur les mets que je ne comprenais pas, comme sur cette boisson rosée qui se présentait dans un verre. J’aurais voulu savoir lire pour connaître le nom de ce dessert à boire. Sa vision me remuait complètement.

Comme vous le voyez, c’est extrêmement court. Un drabble de ce style donne plus l’impression de regarder par le trou de la serrure pour avoir une vision d’un court moment de la vie de son personnage. J’aime bien pourtant, pas vous ?

Votre personnage est-il une Mary Sue ?

Pour raconter une bonne histoire, il faut… une bonne histoire (si, si, c’est un élément incontournable ! en tout cas pour moi : il existe des livres qui sont remarquablement bien écrits mais où il ne se passe rien. Ils ne font pas partie de mes préférés).
Il faut également des personnages intéressants. Après tout, ce sont quand même eux qui vont vivre l’histoire. Je vous ferai peut-être un jour la liste (non-exhaustive) de ce qui permet de rendre un personnage intéressant. Aujourd’hui, je vais juste vous parler de Mary-Sue (ou de Gary-Stu, son mignon petit cousin caché).
Une Mary-Sue, c’est un personnage que tout le monde va adorer détester. Vous savez, cette fille qui est presque trop belle pour être réelle, notamment grâce à un détail charmant (comme son regard violet changeant avec son humeur), qui a pourtant eu une enfance mystérieuse (ses parents sont sans doute des membres de la famille royale, assassinés sous ses beaux yeux violets, mais elle est obligée de le cacher) et qui a pour destin de sauver le monde. Et encore, si ce n’était que ça… Mademoiselle Mary-Sue porte le prénom que rêverait de porter son auteur (ou qu’il verrait bien ses enfants endosser), elle n’a qu’une seule manière de voir le monde même si c’est totalement incohérent par rapport à la vie qu’elle a vécu et, bien sûr, tout le monde est fasciné par elle et par ses pouvoirs particuliers (sans oublier ses yeux violets. Suivez un peu)…
En résumé, il s’agit donc d’un personnage peu crédible et irritant. Il existe même sur internet des tests (généralement en anglais) permettant de savoir si votre personnage correspond à ces critères. Ils sont beaucoup plus nombreux que ceux que j’ai listés ici, je vous laisserai donc vous faire votre avis en cochant vous-même les petites cases de celui-ci. (attention, il y a vraiment beaucoup, beaucoup de questions)
Le but du jeu est de savoir si votre personnage risque de déchaîner les foudres des critiques ainsi que les railleries pour ses défauts trop évidents.

Cela dit, si vous écrivez et que votre personnage principal atteint un très haut score à ce test, il n’est peut-être pas nécessaire de l’assassiner tout de suite à coup de touches « del » rageurs. Il semblerait que certains des personnages les plus connus de la littérature correspondent à ces clichés (on me murmure même que Harry Potter en ferait partie…). Vous avez tout à fait le droit de choisir un cliché comme personnage. Ce qui importe, c’est ce que vous allez faire avec lui.
Cela dit, avant de créer votre personnage, posez-vous les bonnes questions : pourquoi a-t-il cette apparence ? Et où voulez-vous l’emmener ?