Comment appeler une femme qui écrit ?

Comment appeler une femme qui écrit ?

Oubliez tout de suite le « hep, m’dame, z’avez un 06 ? ». Ce n’est pas ainsi qu’il faut appeler une femme qui écrit. Ni une qui n’écrit pas, d’ailleurs, mais ce n’est pas le sujet de cet article.

Maintenant que je commence à avoir quelques livres à mon actif, que j’ose de plus en plus me légitimer en tant que « personne qui écrit », j’ai eu envie de me pencher sur l’appellation liée à cette activité.

Depuis toute jeune, j’ai toujours eu du mal avec le mot « écrivain », ou « écrivaine » si on tentait de le mettre au féminin. Il devait bien y avoir d’autres solutions…

femme qui écrit autrice

Les femmes qui écrivent, rejetées par la langue française

À l’heure actuelle, et dans l’oreille de beaucoup de gens, il n’existe pas réellement de mots pour désigner, de manière claire et admise par tout le monde, une femme qui écrit des livres.

Au mieux, il y a « romancière », que j’aime beaucoup aussi et que certaines adoptent. Mais dès que l’on tente de proposer autre chose, on fait face à un tollé général. Auteure n’est pas joli, autrice ne semble guère mieux pour certains… Pourquoi ?

Les femmes ont toujours écrit. Toujours. Depuis l’Antiquité, il y a des femmes qui ont posé leurs mots sur le papier. À l’époque, il y avait des mots pour les désigner, comme auctrix, un féminin de auctor. Très vite, pourtant, les hommes ont tenté de faire disparaître cette appellation.

Le mot a plus ou moins réussi à résister au long de l’Histoire (je vous invite à lire, sur ce sujet, l’étude d’Aurore Evain, très complète) mais il a fini par disparaître quand l’Académie française, constituée d’hommes, a construit les premiers dictionnaires.

Au revoir les autrices, de toute manière, vous êtes minoritaires, pourquoi voudriez-vous un mot rien que pour vous ?

femme écrivain minorité

La parité en écriture ? Pourquoi ?

D’après le rapport 2015 de la BnF, la parité est encore loin d’être établie dans le milieu de l’écrit. Les femmes ne comptent que pour un tiers des auteurs de textes, ne rédigent que 17 % des préfaces et postfaces de livres, que 20 % des ouvrages scientifiques… Il n’y a que dans la littérature jeunesse qu’elles arrivent à s’imposer : 63 % des livres seraient d’une plume féminine.

repartition homme femme edition 2015

Avouez que cette répartition est un peu étrange, non ? Comme si, plus ou moins inconsciemment, les femmes restaient cantonnées à l’éducation des enfants, et pas aux univers plus sérieux.

Si on y ajoute les polémiques récentes sur le nombre de femmes citées au Goncourt ou pour les festival BD d’Angoulème, il y a une vraie question de représentativité qui se pose…

Est-ce que ce partage vient des femmes elles-même ou des éditeurs ? Difficile de le savoir. Surtout que je pense que cette démarche n’est pas calculée le moins du monde.

Et que je ne suis pas non plus pour établir un quota réglementaire de noms d’auteur féminins sur les tranches des livres.

Mais c’est peut-être aussi parce que les femmes sont plus présentes dans l’édition jeunesse qu’elles comptent également parmi les plus nombreuses à se revendiquer en tant qu’autrices.

Autrice ? C’est quoi ce mot étrange

Je l’avoue, la première fois que j’ai lu le mot « autrice » (je ne l’ai encore jamais entendu prononcer à voix haute pour présenter quelqu’un), moi aussi j’ai tiqué. À peu près une demie-seconde. Je me suis dit ensuite « pourquoi pas ? C’est un mot qui a sa logique. ». Puis j’ai lu l’article de Audrey Alwett sur le sujet et j’ai décidé de clairement revendiquer ce mot.

Oui, je suis une autrice et j’en suis fière. Parce que, n’en déplaise à M. Pivot, il n’est pas plus flatteur d’être comparée aux hommes qu’aux femmes.

pivot autrice

Certaines des plus grandes plumes de l’histoire sont féminines. Et ce serait bien qu’elles puissent être représentées en tant qu’autrices, et pas uniquement en tant que sous-segment du monde des auteurs… masculins.

Tout ça, c’est encore une histoire de féminisme…

Aujourd’hui, si on dit qu’on est autrice, on est aussi cataloguée comme féministe. Ce qui prouve bien qu’il y a un malaise dans notre société si l’on estime qu’un métier ne peut pas être féminisé.

Il y a des autrices, comme des factrices, des actrices, des institutrices… C’est ainsi que notre monde est.

Alors oui, si estimer qu’une femme a autant de droits qu’un homme (et réciproquement), c’est être féministe, je le suis.

J’ai longtemps pensé qu’à notre époque il n’y avait plus besoin de féministes. Pour moi, l’égalité était acquise et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Malheureusement, ce n’est pas encore le cas. Et cette polémique autour d’un simple mot englobe une réalité beaucoup plus complexe.

Pour ceux qui s’interrogent encore sur la question du féminisme et de son implication actuelle, je vous invite à (re)voir cette intervention d’Emma Watson.

Maintenant, vous savez pourquoi je dis autrice en parlant de moi. Parce que c’est ce que je suis et que c’est le bon mot pour le dire.

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